samedi 31 octobre 2009

Karadzic, Plavsic: la Bosnie se rappelle à nous

Ces derniers temps j'ai côtoyé de nombreux Bosniaques résidant en Belgique, ce qui m'a fait percevoir tout différemment l'actualité récente, fortement marquée par la Bosnie et plus précisément la période de conflits de 1992-1995. Rappelant que derrière l'actualité et derrière l'histoire avec un grand H se trouve le destin d'hommes et de femmes condamnés à l'exil par les cahots de l'histoire. Une fois de plus derrière l'actualité récente se pose une question de fond: quel est le droit des victimes dans toutes les mesures qui ont été prises par les occidentaux? De la création du TPIY aux interventions diplomatiques, lesquelles reposent sur des demandes des victimes? Qui a pris en compte ce que pensent et vivent les victimes? Hier et aujourd'hui...

Tout d'abord il y a eu l'annonce de la libération de Billjana Plavsic. Le 27 octobre, B. Plavsic a été libérée de sa prison de Stockholm. Surnommée la "dame de fer", elle avait été condamnée par le TPIY à 11 années de prison (peine "très clémente" selon le journal Le Monde) et est libérée 2 années plus tôt. Elle vivra désormais en Serbie où, selon un proche, elle désire vivre paisiblement auprès de sa famille. Scientifique de formation, elle a écrit des textes racistes reposant sur des affirmations pseudo-scientifiques. Ce qui est cruel: M. Dodik a envoyé un jet de la Republika Srpska pour transporter B. Plavsic jusqu'en Serbie. Comme si c'était une VIP.

Ensuite il a été question de Radovan Karadzic (son prédécesseur à la présidence de la Republika Srpska), qui a décidé de boycotter son procès au TPIY, et ne s'est donc pas rendu à l'audience. Ayant décidé d'assurer lui-même sa défense et considérant qu'il a manqué du temps nécessaire à la prise en connaissance de son dossier, cela rend impossible un procès aux yeux du tribunal. Que décideront les juges la semaine prochaine quand reprendra le procès? Il a bien réussi son coup, le procès a déjà été suspendu et il «fait l'actualité». L'intérêt que pouvait représenter ce procès se voit ainsi renvoyé derrière des péripéties de cour de faible niveau. Ne soyons pas dupes, il est faux que Radovan Karadzic se défende seul, il dispose d'une équipe d'avocats, dont l'un des membres, Goran Petronijević, fait d'ailleurs des déclarations à la presse. Donner l'image d'un homme seul face à la machine judiciaire est inexact. Peut-être comme l'écrit le site d'information BIRN s'agit-il uniquement d'une façon de gagner du temps et de passer pour un martyr. Mais nul n'est dupe.

Et puis je constate (j'aurais dû noter ces informations au fur et à mesure) qu'il y a une pression diplomatique croissante sur les Pays-Bas qui s'étaient engagés à empêcher l'application de certains accords entre la Serbie et l'UE tant que Ratko Mladic n'aura pas été capturé et remis au TPIY. Au fil des semaines il semble que les pressions diplomatiques se font de plus en plus fortes pour que les Pays-Bas changent de position et considèrent désormais que "la Serbie a fait suffisamment de progrès". Blic évoque dans un article la pression qui désormais vient des USA. Les Pays-Bas tiendront-ils bon ou bien la «realpolitik» l'emportera-t-elle? Est-il imaginable que la Serbie puisse entrer dans l'UE avec Ratko Mladic comme fugitif? Le 4 novembre Serge Brammertz est attendu à Belgrade, parlera-t-il de progrès dans la coopération de la Serbie avec le TPIY? En tout cas la pression s'accroît sur les Pays-Bas pour qu'ils acceptent la mise en oeuvre de l'Accord de Stabilisation et d'Association (SAA), première marche vers l'adhésion du pays à l'UE.

En France la famille des Kovac a pour sa part intenté des actions et a tenté de s'opposer à la libération de B. Plavsic. Stéphanie Maupas du Monde écrit: Cette "réhabilitation" inquiète Me Ivan Jurasinovic. Avocat de la famille Kovac, réfugiée en France pendant la guerre de Bosnie (1992-1995), il a engagé en 2005 une procédure en demande de réparations contre quatre responsables bosno-serbes, dont Biljana Plavsic et Radovan Karadzic. Le Tribunal international ne prévoit pas de réparations pour les victimes, mais les invite à se tourner devant les juridictions de leur pays pour faire valoir leurs droits. Pour la famille Kovac, la partie s'annonce désormais plus complexe. "Si de retour à Banja Luka (chef-lieu de l'entité serbe de Bosnie), Biljana Plavsic devient ministre, explique maître Jurasinovic, elle bénéficiera de l'immunité, et il n'y aura plus de possibilité de la poursuivre."

Enfin, toujours à propos de la Bosnie: quelle sera l'attitude de la Serbie à propos des projets de réforme institutionnelle? L'architecture de la Bosnie, composée de la Fédération croato-musulmane et de la Republika Srpska est inefficace et une issue doit être trouvée. Quelle sera l'issue de ce qui semble une impasse politique?

Liens: La communauté internationale au chevet de la Bosnie, sans grand espoir (Courrier des Balkans), Karadzic devant ses juges, Plavsic libérée (L'Express), La "dame de fer" de Bosnie sort de l'ombre (Le Monde), Milorad Dodik: Dočekao sam Biljanu Plavšić iz moralnih razloga (SEEbiz/B92), Une famille bosniaque poursuit Radovan Karadzic - Angers (Ouest France).

jeudi 29 octobre 2009

Y aura-t-il une «affaire Chomsky» à Amnesty International?

Une série d'emails circulent depuis ce matin concernant une prochaine conférence outre-manche de Noam Chomsky pour l'organisation de défense des droits fondamentaux Amnesty International. Une lettre ouverte a été rédigée et diffusée par Ed Vulliamy et a donné lieu à l'envoi de mails de protestation à l'organisation, en anglais et en allemand. Je proposerai demain matin les textes en question, que je traduirai ce soir. Voici en tout cas, pour information, un des appels à Amnesty que j'ai reçu à l'instant d'une membre de l'ONG Society for Threatened Peoples. Je traduirai sous peu les textes ainsi que l'éventuelle réaction d'Amnesty. Je n'en sais pas plus pour l'instant, je ne connais pas le fond du dossier. En 2005 des textes avaient circulé sur la même thématique; peut-être faut-il voir ici une occasion de clarifier les choses. Je poste l'information car la question des crimes commis durant les conflits de l'éclatement de la Yougoslavie demeure un problème pour une partie de l'intelligentsia européenne, notamment classée à l'extrême gauche. Les débats ont souvent confondu la question des faits avec l'analyse politique du rôle de la communauté internationale, les accords de Dayton, l'intervention de 1999 de l'Otan, etc.

Chère Madame Khan, Chère Madame Allen,
Nous tenons à protester avec autant de force que nous pouvons contre la décision d'Amnesty International d'inviter Noam Chomsky à donner une conférence dans le cadre de votre Conférence Annuelle, ces 30 octobre à Belfast et 2 novembre à Dublin.
Nous regrettons très profondément le fait qu'une organisation de défense des droits humains ait choisi d'offrir au Professeur Chomsky une plate-forme pour exprimer et promouvoir ses vues qui incluent de façon notable une relativisation du génocide perpétré contre les Musulmans de Bosnie.
Nous attendons que Amnesty mène campagne en faveur des droits des victimes et de leurs familles et prenne une position très ferme contre le déni du génocide. A défaut, l'organisation risque de perdre sa crédibilité.
Très sincèrement,
Signature*
1. Mme Kate Allen, Directrice de Amnesty International UK (AIUK). E-Mail: sct@amnesty.org.uk
2. Irene Khan, Secrétaire Générale de Amnesty International. http://www.amnesty.org/en/contact

"Migrations : la détresse des jeunes Rroms «réadmis» en Serbie" (BIRN/Courrier des Balkans)

La question du renvoi vers la Serbie de personnes ayant quitté ce pays depuis parfois très longtemps, demeure problématique.

On apprend que la Belgique a signé un accord bilatéral il y a peu, selon lequel les Kosovars qui ne seront pas régularisés (dans le cadre de la campagne de régularisation en cours?) seront renvoyés au Kosovo. Voici un communiqué du Secrétaire d'Etat en charge de ce dossier: "Le Secrétaire d’Etat belge à la Politique de Migration et d’Asile, Melchior Wathelet, et le Ministre de l’Intérieur kosovar, Zenun Pajaziti, ont signé ce midi un accord important dans le cadre du flux migratoire kosovar vers la Belgique. La richesse de cet accord, fruit d’une négociation longue de deux ans entre les autorités des deux pays concernés, est double. La signature de ce document entre nos deux pays traduit, d’une part, l’engagement du Kosovo à réadmettre les Kosovars vivant en Belgique qui ne rentreraient pas dans les critères de régularisation tels qu’arrêtés par le gouvernement belge. A ce titre, cela constitue un signal fort tant pour les Kosovars en situation illégale que pour la population belge. Cet accord répond d’autre part à une demande du Kosovo lui-même de conclure et mettre en œuvre ce type d’accord, celui-ci permettant un rapprochement avec l’Union Européenne. Depuis son indépendance, c'est la première fois que le Kosovo signe un accord de réadmission bilatéral. Le BENELUX a par ailleurs indiqué aux autorités kosovares sa volonté de négocier un Traité formel entre les quatre Etats. Le texte de celui-ci est d’ores et déjà en préparation. L’Office des Etrangers lancera en outre le 1er novembre prochain une campagne visant à encourager les Roms du Sud-ouest du Kosovo, population demandant majoritairement l’asile chez nous, à s’investir dans la politique locale de leur pays."

L'Allemagne aurait décidé de renvoyer 14.000 réfugiés kosovars.

On lira l'intéressant article de BIRN traduit sur le site du Courrier des Balkans: "Des milliers de jeunes Rroms, qui sont nés ou ont grandi en Europe de l’Ouest, sont expulsés vers la Serbie à la suite des accords de «réadmission» conclus avec l’UE. Mais l’intégration est souvent difficile pour ces jeunes qui ne connaissent ni la langue, ni les codes culturels d’un pays qui n’a jamais été le leur. Et la Serbie manque de moyens pour favoriser l’assimilation de ces nouveaux arrivants. Un reportage du BIRN." Lien.